248 pages. January 2025. World rights available.
Avec l’essor de l’économie numérique, de nouvelles dynamiques marchandes se sont déployées, faisant appel à une façon inédite de mobiliser la main-d’œuvre. Les plateformes constituent la forme paradigmatique de cette évolution du capitalisme contemporain. Elles se sont développées rapidement depuis la création d’Uber en 2009 et n’ont cessé́ de gagner en puissance. Chacun a recours à ces infrastructures numériques élaborées dans le but de mettre en relation deux ou plusieurs groupes (restaurateurs, livreurs, chauffeurs, clients, annonceurs publicitaires, etc.), afin de générer et capter la valeur économique, sous une forme jamais vue auparavant dans l’histoire du capitalisme. Car les plateformes, grâce aux effets de réseaux qui en accroissent la valeur d’utilisation, sont en mesure d’organiser discrètement la centralisation du monopole d’accaparement et d’usage de nombreuses données et activités. Non seulement elles peuvent réaliser cette prouesse en s’appuyant sur les dynamiques marchandes classiques de type client/fournisseur, mais elles bénéficient en plus d’une nouvelle manière de « faire marché » : en transformant, parfois à son insu, le consommateur en producteur, qui contribue ainsi deux fois à la chaîne de valeur. De leur côté, les travailleurs de plateforme, sont confrontés à des exigences démesurées et croissantes.
Le projet de plateformiser la société tout entière, État compris, a trouvé́ des relais parmi les élites de l’appareil technocratique, qui ne manquent pas de mettre en place des solutions algorithmiques dès que l’occasion se présente. En individualisant et en dématérialisant ainsi les rapports aux institutions, les promoteurs du techno-solutionnisme sapent une partie des fondements de la vie démocratique : la participation à la délibération collective dans l’espace public, qui est la seule manière de garantir l’élaboration partagée des idées politiques.
Cet ouvrage tente de rendre compréhensibles des dynamiques sociales et subjectives complexes qui signent l’entrée du capitalisme dans une nouvelle phase.
Fabien Lemozy est sociologue, chercheur associé à l’Institut de psychodynamique du travail. Il a participé avec Stéphane Le Lay à l’ouvrage collectif Ubérisation, et après ? (Éditions du Détour, 2021).
With the rise of the digital economy, new market dynamics have developed, calling for a new way to mobilize workforce. Platforms are the paradigmatic form of this evolution of contemporary capitalism. They have grown rapidly since the creation of Uber in 2009 and have continued to grow. Everyone uses these digital infrastructures developed in order to connect two or more groups (restaurateurs, delivery people, drivers, customers, advertisers, etc.) in order to generate and capture economic value, in a form never before seen in the history of capitalism. Because the platforms, thanks to the effects of networks that increase their value of use, are able to organize discreetly the centralization of the monopoly of monopolization and use of many data and activities.
Not only can they achieve this feat by relying on the classic customer/supplier type of market dynamics, but they also benefit from a new way of «doing business»: by transforming, sometimes without their knowledge, the consumer as a producer, who thus contributes twice to the value chain. Platform workers, on the other hand, are faced with disproportionate and growing demands.
The project of platformizing society as a whole, including the state, has found relays among the elites of the technocratic apparatus, who do not fail to implement algorithmic solutions whenever the opportunity presents itself. By individualizing and dematerializing relations with institutions, the promoters of techno-solutionism undermine part of the foundations of democratic life: participation in collective deliberation in the public space, which is the only way to ensure shared development of political ideas.
This book attempts to make understandable complex social and subjective dynamics, not always easy to grasp as they are diffuse, but which, according to the authors, mark the entry of capitalism into a new phase.
Fabien Lemozy is a sociologist and research associate at the Institute of Psychodynamics of Work. He participated, with Stéphane Le Lay, in the collective work Ubérisation, et après? (Éditions du Détour, 2021).